Titre SEO : RSE dans l’industrie pharmaceutique
Meta description : RSE dans l’industrie pharmaceutique : société à mission, B Corp, décarbonation et engagements concrets des laboratoires. Décryptage et exemples.
RSE dans l’industrie pharmaceutique : entre engagement réel et communication
Introduction
La responsabilité sociétale des entreprises s’invite dans tous les rapports annuels, sites corporate et appels d’offres des laboratoires pharmaceutiques. Pourtant, derrière les beaux discours, qu’en est-il réellement ? Selon l’Observatoire sociétal du médicament (étude Ipsos pour le LEEM, 2025), 85 % des Français jugent les entreprises du médicament utiles et 70 % les voient à la pointe du progrès, mais seulement 34 % les considèrent éthiques et 16 % transparentes. Cet écart de confiance pose une question centrale : la RSE pharmaceutique relève-t-elle d’une transformation profonde ou d’une opération de communication ? Cet article fait le point sur les définitions, les outils, les bonnes pratiques et les limites de la démarche, à partir des échanges du podcast Marketing Santé réunissant Nathalie Jiménez (cabinet B Concerned), Margaux Dequerreur (agence Linkup) et Patrice Caraillon (président de Chiesi France).
Comprendre la RSE et ses fondements
Une démarche volontaire qui dépasse la réglementation
Le concept de Corporate Social Responsibility est né aux États-Unis dans les années 1930. Une entreprise socialement responsable se soucie de l’impact de ses activités sur l’environnement social et naturel, donc sur les tiers : collaborateurs, patients, professionnels de santé, écosystèmes. La RSE est par définition une démarche volontaire qui va au-delà du cadre légal. Une entreprise responsable analyse à la fois ses impacts positifs et négatifs, en termes de risques comme d’opportunités business. Cette logique de double matérialité est essentielle pour bâtir une stratégie crédible.
Société à mission et label B Corp : deux outils complémentaires
Le statut de société à mission, issu de la loi PACTE, engage juridiquement l’entreprise sur sa raison d’être et ses objectifs sociétaux et environnementaux. Le label B Corp, lui, fonctionne comme une photographie évaluée régulièrement, avec obligation de progresser pour conserver la certification. Comme le résume Patrice Caraillon, B Corp est une photo, société à mission est un film. Chiesi France a été le premier laboratoire à adopter ce statut, suivi par très peu d’acteurs du secteur, ce qui interroge sur la frilosité de l’industrie face à un engagement statutaire opposable.
La RSE n’est pas que de l’environnement
La RSE couvre l’environnement, le social, le sociétal et la gouvernance. Elle interroge la mission de l’entreprise, ses produits, ses pratiques et son rôle dans la société. Dans la pharma, cela prend une dimension particulière puisque l’industrie agit pour la santé publique.
Des engagements concrets dans les laboratoires
Mission, gouvernance ouverte et impact mesurable
Chez Chiesi, la mission est de prendre soin de la planète aujourd’hui pour demain. Cela se traduit par un comité de mission composé de pharmaciens hospitaliers et d’officine, de médecins, d’associations de patients, de fournisseurs et de salariés. Ce comité dialogue avec le comité de direction et vérifie l’authenticité des engagements. Les collaborateurs disposent de dix jours de bénévolat ou de mécénat de compétences par an, un dispositif qui renforce la marque employeur et la fidélisation.
Écoconception et décarbonation de la chaîne de valeur
L’industrie a longtemps tardé sur l’environnement, considérant que sauver des vies justifiait toute empreinte. Aujourd’hui, les laboratoires accélèrent : modification des gaz dans les sprays pour l’asthme et la BPCO (un investissement de 400 millions d’euros chez Chiesi), coalitions pour décarboner la production des principes actifs en Inde et en Chine, chimie verte, réduction des phases de synthèse. Les médecins poussent aussi le mouvement avec des initiatives comme le CARES de Patrick Pessaux et des recommandations d’écoprescription qui privilégient, à efficacité égale, une forme orale plutôt qu’intraveineuse.
Formation, santé mentale et qualité de vie au travail
La RSE interne se traduit par des fresques du climat animées par des délégués médicaux certifiés auprès des prescripteurs, la signature de la charte de la santé mentale en entreprise, des secouristes en santé mentale, l’égalité femmes-hommes, l’accompagnement des aidants et la parentalité. Ces dispositifs concernent toutes les générations, même si les jeunes diplômés y sont particulièrement sensibles.
Communication, recrutement et écosystème
Allier preuve et incarnation pour ne pas tomber dans le washing
Une communication uniquement vitrine relève du green washing. À l’inverse, un rapport CSRD purement technique ne touche personne. La bonne communication RSE allie la preuve réglementaire et des messages clés adaptés aux cibles : institutionnels, médecins, patients, candidats. Les délégués médicaux peuvent porter ce discours grâce à des aides de visite dédiées et des exemples emblématiques. La CSRD a apporté un cadre normé pour fiabiliser les données et permettre la comparabilité, même si un récent rétropédalage a freiné cette dynamique.
Un levier d’attractivité pour les talents
Pour les nouvelles générations, le bien-être au travail, l’équilibre vie pro vie perso et l’éthique de l’entreprise comptent autant que le salaire. Les candidats consultent LinkedIn et les engagements affichés. À compétences égales, la sensibilité RSE devient un critère discriminant. Encore faut-il que l’information soit accessible facilement, sans se cantonner à un rapport difficile à lire.
Travailler avec des prestataires engagés
Les laboratoires intègrent des critères RSE dans leurs achats responsables. Plusieurs outils existent pour structurer le dialogue avec les fournisseurs :
- Ecovadis, mais cette évaluation a un coût pour les TPE et PME.
- Le VSME, outil de reporting volontaire gratuit développé par la Commission européenne.
- Des grilles internes propres à chaque entreprise, plus souples.
L’enjeu est d’accompagner les fournisseurs dans une démarche de progrès plutôt que d’imposer des certifications coûteuses.
Les points de friction et les défis à venir
Dissonances cognitives et modèle économique à réinventer
Une entreprise peut afficher de grands engagements tout en primant ses délégués médicaux sur des indicateurs purement quantitatifs liés à des médicaments remboursés par la Sécurité sociale. Faire évoluer ces incentives vers du bon usage, de la pharmacovigilance et du suivi qualitatif serait cohérent avec une mission d’impact. Cette transformation interroge le modèle économique d’une industrie où le payeur est l’État.
Vers la valeur sociétale du médicament
Les laboratoires développent des études de valeur sociétale incluant qualité de vie des patients, impact opérationnel et empreinte carbone du parcours de soins. Un médicament peut décarboner un parcours en évitant une hospitalisation. Ces dimensions ne sont pas encore intégrées dans les négociations du Comité économique des produits de santé, ce qui constitue une faiblesse structurelle.
Le green hushing et le retour de bâton international
Aux États-Unis, le contexte politique pousse certaines entreprises Benefit Corporation à cacher leurs engagements pour éviter les frictions. Ce phénomène de green hushing illustre la fragilité des démarches RSE quand le discours public se durcit. La diversité dans les essais cliniques, longtemps absente sur les vaccins ou en cancérologie, recule également.
Le rôle de l’État et les médicaments non utilisés
Pour que l’industrie pharmaceutique endosse pleinement un rôle de santé publique, l’État doit passer d’une posture de payeur et régulateur à une posture d’investisseur de confiance. Par ailleurs, l’aval de la chaîne reste un angle mort : les laboratoires investissent beaucoup sur les emballages, mais la collecte et le tri des médicaments non utilisés restent insuffisants, comme le souligne le projet MITri (Médicaments Inutilisés Triés).
Conclusion
La RSE dans l’industrie pharmaceutique progresse réellement depuis vingt ans, portée par la réglementation, la pression des soignants, les attentes des collaborateurs et la maturité de certains dirigeants. Le statut de société à mission offre un cadre juridique cohérent pour incarner cette transformation, à condition de l’accompagner d’engagements chiffrés, transparents et mesurables. Les laboratoires ont encore à progresser sur l’environnement, la fin de vie des médicaments et l’alignement entre discours et incitations internes. Le mouvement est en marche, mais il ne pourra produire tous ses effets que si l’État réinterroge également sa raison d’être et reconnaît la valeur sociétale du médicament au-delà de sa seule valeur médicale.

